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Agritech : panorama de l’innovation numérique au service de l’agriculture

Par 22 avril 2020

« Seule l’agriculture est productive, car elle seule crée plus de richesse qu’elle n’en consomme. »
Daniel Villey

digitalisation de l'agriculture, tracteur

Le métier d’agriculteur ou d’agricultrice est souvent hérité de ses parents, voire de ses grand-parents. On hérite des terrains, des exploitations de sa famille, car travailler la terre et les bêtes n’est pas donné à tout le monde : il faut avoir les moyens de s’installer. C’est en effet un métier noble, mais difficile, car il faut souvent emprunter de larges sommes pour renouveler ses exploitations, se maintenir aux normes d’industries en quête de toujours plus de transparence, et investir dans des technologies innovantes pour rester compétitif. Il existe de ce fait autant de manières de gérer son exploitation que d’agriculteurs, car c’est un milieu complexe où chaque prise de décision a un coût d’entrée, et où chaque investissement matériel est une prise de risque.

L’agriculture est pourtant historiquement un terrain fertile d’innovations. L’utilisation d’attelages d’animaux pour exploiter les champs, la création de nouveaux outils pour s’occuper des bêtes, la mise en place de systèmes de jachères… toutes ces innovations ont révolutionné la manière dont nous concevions ce métier et ont permis des avancées sociales considérables. Et si deux des principaux objectifs de l’agriculture ont toujours été l’amélioration du rendement et la simplification du quotidien de l’agriculteur (auxquels on pourrait ajouter désormais les principes d’éco-responsabilité), aujourd’hui le numérique permet d’envisager l’innovation en matière de pratiques agricoles de manière exponentielle, tandis que 67 % d’agriculteurs français utilisent à présent les nouvelles technologies pour gérer leur exploitation selon BVA Group.

Une solution pour chaque besoin

Le digital apporte des solutions à chacune des tâches effectuées par l’agriculteur sur son exploitation. Qu’il s’agisse de la gestion de son champ, l’organisation de son bétail, ou encore l’achat de matières premières, et la vente de sa production, les nouvelles idées ont fleuri, à l’image de ce tableau qui récapitule le nombreuses startups et scale-ups du secteur :

mapping des startups agritech francaises

Sur internet, l’agriculture gagne du terrain

De nombreuses marketplaces agricoles ont fait leur apparition ces dernières années. À l’image d’Amazon pour le grand public, ces sites permettent d’acheter en ligne les produits et outils nécessaires aux activités agricoles. Agriconomie, parmi les leaders en France avec plus de 45 000 clients, a d’ailleurs connu un succès fulgurant, de par leur transparence sur les prix pratiqués, une donnée particulièrement complexe à obtenir avant l’arrivée de ce modèle. La raison ? Les coopératives vendant ces produits y associaient souvent le coût d’un accompagnement personnalisé et d’un suivi du client. Pour contrer la concurrence, InVivo, la plus grosse union de coopératives françaises, a récemment lancé une plateforme de vente en ligne à destination des agriculteurs nommée Aladin.farm, avec un budget de départ de 70 millions sur 3 ans.

Le concept d’économie collaborative est également largement exploité par le secteur, et des sites de mise en relation entre agriculteurs sont apparus ces dernières années pour faciliter l’accès à certains outils ou services. Pour partager ses machines agricoles avec d’autres, on pourra se tourner vers WeFarmUp ou VotreMachine.com, tandis que pour trouver des personnes capables de réaliser des prestations de travail agricole, on pourra se rendre sur LinkinFarm. Pour connecter les agriculteurs entre eux, il y a également Farmr, un réseau social professionnel entre agriculteurs. Et pour financer ses projets, Miimosa a lancé une plateforme de financement participatif pour les projets autour de l’agriculture, sur le même concept que Kickstarter, mais en y ajoutant une fonctionnalité de prêts aux agriculteurs. Les particuliers ont ainsi la possibilité d’investir dans des projets et de percevoir des intérêts sur leur investissement.

Côté production, des solutions digitales sont également à disposition des agriculteurs pour revendre leurs récoltes. La startup Perfarmer propose par exemple un outil de suivi du cours des productions agricoles, pour vendre au meilleur moment. ComparateurAgricole propose de son côté un service hybride, entre la vente de matières premières en ligne et des informations sur le cours des productions agricoles

Se rapprocher du consommateur final

Face aux grandes entreprises agricoles, le numérique apporte aussi de nombreuses solutions aux petits producteurs pour leur faciliter l’accès au consommateur final. Le circuit court est à la mode et on constate l’apparition d’un très grand nombre de sites et solutions dédiés :

  • La Ruche qui dit Oui ! est une plateforme en ligne permettant de faciliter l’organisation de circuits courts qui rassemble plus de 5 000 producteurs et plus de 150 000 clients réguliers ;
  • Mooveat cartographie les producteurs locaux de chaque région afin de faciliter la mise en relation avec les particuliers ;
  • Les Grappes propose aux particuliers une mise en relation avec plus de 1 000 producteurs de vins en France ;
  • Panier Local est un outil de gestion en ligne pour les producteurs, transformateurs, distributeurs de circuits courts ;
  • Tousproducteurs permet aux producteurs la vente directe de leur produits sur le site ;
  • Deligume livre à domicile des produits régionaux ;
  • Chef514 est un réseau d’approvisionnement sans intermédiaires de la ferme à l’assiette réservé aux professionnels ;
  • Mon beau terroir permet aux particuliers de réserver des visites-dégustations chez les producteurs locaux.

Et désormais, certains agriculteurs se tournent vers l’agro-tourisme afin de compléter leurs revenus : Oh La Vache ! met par exemple en relation les particuliers avec des producteurs pour leur permettre d’apprendre un savoir-faire en deux ou trois jours, comme la fabrication de fromage ou d’alcool régional. 

Quand l’agriculteur récolte les données

Si vous lisez régulièrement les articles de SYSK, vous aurez compris que la récolte et l’analyse des données est un sujet particulièrement clé pour les entreprises. L’agriculture n’est pas en reste et de nombreux acteurs se sont positionnés sur le sujet. 

Parmi les nouvelles pratiques remarquables, l’agriculture de précision tire son épingle du jeu. Il s’agit de l’analyse minutieuse des données récoltées dans un champ pour mener certaines actions. On peut par exemple décider d’arroser les plantes au moment où elles en ont le plus besoin en analysant certains paramètres liés à la terre et à la chaleur qu’elles produisent. Les outils développés aujourd’hui autour de ces pratiques sont puissants et permettent d’envisager la gestion d’une exploitation d’une toute autre manière, en implantant des capteurs un peu partout et en contrôlant à distance les opérations.

Beaucoup d’entreprises proposent d’équiper les exploitations de capteurs pour gérer les conditions météorologiques et adapter le traitement des parcelles. Sencrop, Ombrea, Weather Measures ou encore Weenat proposent toutes ce type de service. Fruition Science se positionne également sur le sujet et explique qu’en utilisant ses capteurs pour calculer le déficit en eau, on économise en moyenne 60% d’eau et améliore le rendement de 15%.

Mais cette utilisation de capteurs pose également la question de la standardisation et de la mutualisation des jeux de données. Lancé pendant le Salon de l’Agriculture 2020, l’AgDataHub a été monté dans l’objectif de faire collaborer les acteurs privés et publics et d’apporter davantage de standardisation. Car si récolter de la donnée est une bonne piste pour améliorer le rendement, il est important de pouvoir interpréter ces données en les croisant avec d’autres. Une solution comme Ekylibre semble par exemple proposer de rassembler toutes les informations issues des capteurs sur une même plateforme de gestion de l’exploitation. À voir comment cela s’implémente en pratique…

Contrôler son exploitation à distance

De plus en plus souvent, particulièrement dans les grandes exploitations, on remarque une utilisation croissante de solutions permettant à l’exploitant de ne pas avoir à se déplacer et de travailler à distance.  L’utilisation de drones pour contrôler les exploitations et récolter des données précieuses commence ainsi à faire son apparition. On peut noter par exemple les startups Wefly Agri, Aeromapper, Airinov… qui proposent toutes des services de drones. Il existe également des entreprises spécifiques à un secteur en particulier comme la startup Scanopy qui cartographie exclusivement les cultivations viticoles et propose « des solutions simples à mettre en oeuvre sur tout type de vignoble pour maîtriser et homogénéiser la vigueur, compter les pieds non productifs, détecter des symptômes de maladies ou encore suivre la maturité de vos parcelles ». Pour aller plus loin, certaines entreprises proposent également des machines capables de traiter les plantes en direct comme l’entreprise CDSI qui a développé un drone dédié au traitement phytosanitaire et à l’élimination localisée des chenilles processionnaires du pin.

Pour les éleveurs, il est aussi possible d’équiper ses animaux de capteurs. La startup LITUUS équipe par exemple les animaux de colliers connectés pour analyser leurs troubles de santé et améliorer le bien-être général des animaux. Au Texas, on donne des Fitbits aux vaches pour comprendre leurs habitudes alimentaires et leurs rythmes de sommeil ainsi que comparer ces données à la production de lait.  En Russie on a même tenté de faire porter des casques de réalité virtuelle à des vaches pour les apaiser ! Et en Angleterre, on a équipé 50 vaches de colliers connectés en 5G afin de les faire circuler plus facilement sur l’exploitation : Ouverture des portails et des rideaux, brossage… l’objectif est d’automatiser les tâches à l’aide de robots.

Automatisation, vers de nouveaux modèles d’agriculture

Automatiser une exploitation pour une très grande entreprise peut être un réel avantage : on réduit le nombre de main d’oeuvre et on industrialise les pratiques agricoles pour favoriser le rendement. En France, Neofarm a levé 1 million d’euros en 2019 pour son concept de ferme automatisée. IronOx aux Etats-Unis a déjà lancé un concept de ferme hydroponique de salade entièrement automatisée. Au Japon, c’est l’entreprise Spread qui a mis cela en place dès 2016. Aux Pays-Bas, on teste l’élevage de vaches laitières entièrement robotisé.

Mais les exploitants agricoles n’évoluent pas de la même manière selon leur taille. Automatiser intégralement sa ferme n’est pas toujours la solution la plus avantageuse pour les petits agriculteurs, car ils deviennent alors dépendants de ces machines pour travailler, avec une incertitude assez forte sur la durée de vie de ces appareils.

Les machines agricoles automatisées

En plus des fermes automatisées, on constate également l’apparition de machines agricoles de plus en plus performantes pour mener les opérations courantes. Certains tracteurs intelligents vont être capables de cartographier l’intégralité d’un terrain pour à leur tour récupérer des données et sélectionner la meilleure stratégie à adopter. La marque John Deere, spécialisée dans la fabrication de matériel agricole, a récemment fait l’acquisition de Blue River Technology, qui lui permet d’utiliser entre autres leur technologie “See and Spray” pour automatiser le travail dans les champs et d’économiser jusqu’à 90% d’utilisation de produits chimiques. On constate également beaucoup d’essais innovants en Australie, avec notamment SwarmFarm Robotics qui propose une machine autonome capable de désherber, faucher et même semer. De plus en plus de machines-concepts sortent également, comme le X-Tractor de Kubota, qui ressemble davantage à une voiture de sport qu’à un tracteur, mais qui propose des fonctionnalités innovantes : conduite autonome, récolte d’informations en temps réel, possibilité de le synchroniser avec un drone, contrôle à distance, intelligence artificielle embarquée…

Un peu moins coûteux, il existe également une importante variété de petits robots capables d’effectuer des tâches sur le champ, comme EcoRobotix qui distingue les mauvaises herbes des cultures pour pulvériser jusqu’à 20 fois moins de produit herbicide. Naïo Technologies développe quant à elle différents robots agricoles, comme des robots enjambeurs de planches destinés à la culture de légumes, ou encore des robots enjambeurs de vignes.

Garantir la traçabilité des produits

Une fois la production terminée, et le gros du travail réalisé, il reste la question de la distribution de la production. Nous l’avons vu, les consommateurs souhaitent de plus en plus de transparence sur les produits qu’ils achètent. Cela impacte la manière dont les agriculteurs doivent gérer leurs stocks. Les solutions utilisant la blockchain commencent à apparaître afin de suivre l’intégralité de la production, depuis le champ jusque dans l’assiette du consommateur : une sorte de carnet de route infalsifiable de la marchandise permettant d’avoir accès à toutes les informations liées à la production du bien. Ce type de requête pour plus de transparence est souvent initiée par les grands leaders de l’industrie agroalimentaire comme Carrefour qui s’est associé à IBM depuis 2018. À côté de cela, une startup comme Connecting Food propose d’accompagner les agriculteurs dans leur démarche de certification de leurs produits alimentaires grâce à la blockchain.

Une agriculture à deux vitesses

On constate aujourd’hui un monde à deux vitesses, avec d’une part les petits producteurs/éleveurs traditionnels qui innovent à leur rythme ; et de l’autre, les grands exploitants agricoles pratiquant une agriculture de masse et ayant les moyens d’investir, également en masse. Il faut ajouter à cela le fait que l’arrivée du digital a elle-même créé une scission supplémentaire : en plus de modifier les usages de la société toute entière, il a également complexifié davantage un milieu déjà très spécialisé et a isolé de nombreuses personnes déjà installées n’ayant pas été accompagnées dans la compréhension de ces nouveaux modes de fonctionnements.

Investir dans les nouvelles technologies a un prix, et doit être un choix stratégique. L’agriculteur de demain doit prendre connaissance de toutes ces avancées pour faire les bons choix et rester compétitif, que ce soit en maintenant une activité traditionnelle avec peu de digitalisation ou au contraire en s’imprégnant des nouveaux usages et nouvelles technologies. L’important étant de se tenir à jour et de prendre des décisions éclairées par la connaissance du numérique.

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