Accélération digitale

L’impact de l’intelligence artificielle sur la fonction RH

Par 12 juillet 2018

« La machine conduit l’homme à se spécialiser dans l’humain. »
Jean Fourastié

Quand l'être humain fusionne avec la machine

L’intelligence artificielle est assurément le sujet technologique le plus chaud du moment. Un des sujets les plus controversés (avec les crypto-monnaies), mais surtout le moins bien compris. Dans un souci de vulgarisation et de dédramatisation du débat, je me lance dans une série d’articles pour expliquer l’impact de l’intelligence artificielle sur les différentes fonctions de l’entreprise et son rapport à l’accélération digitale.

Et un jour, l’homme découvrit l’intelligence artificielle !

Avant toute chose, prenons le temps de définir le sujet de cet article : l’intelligence artificielle n’est pas une technologie, c’est un concept, une idée abstraite (un peu comme le développement durable ou la discrimination positive). Tout le monde a une vague idée de ce que c’est, sans trop savoir où cela commence et se termine, mais chacun a une opinion, la plupart du temps biaisée par le manque de compréhension des nombreux enjeux sous-jacents. Pour faire court : l’intelligence artificielle désigne le fait d’utiliser des règles et algorithmes pour simuler l’intelligence humaine.

Maintenant que nous avons rappelé les bases, je vous propose d’enrichir cette définition avec des explications complémentaires : le machine learning est une branche de l’intelligence artificielle axée sur des processus d’apprentissage permettant à une machine d’évoluer. Elle concerne plusieurs formes d’apprentissage : l’apprentissage supervisé, non supervisé, renforcé, transféré… ces méthodes exploitent différentes familles d’algorithmes (arbres de décision, forêts d’arbres, réseaux bayésiens, réseaux neuronaux…) pour traiter des grandes quantités de données et pouvoir automatiser certaines tâches comme la reconnaissance d’images, le traitement naturel du langage, la classification, l’analyse prédictive…

Croyez-le ou non, mais l’intelligence artificielle est utilisée depuis des décennies dans quasiment tous les secteurs d’activité. Donc non, nous ne sommes pas en train de parler d’une technologie de rupture, mais plutôt de nouveaux usages rendus possibles par des évolutions technologiques incrémentales. Si l’on parle autant des IA ces dernières années, c’est parce que nous avons maintenant accès à de gigantesques bases de données et à des ressources informatiques colossales à moindre coût (accessibles dans le cloud avec un principe de facturation à l’utilisation). Du coup, les planètes sont alignées pour une généralisation de l’utilisation de l’intelligence artificielle en entreprise.

Il y a une autre explication à tout ce ramdam médiatique : la peur fait vendre. Les robots et intelligences artificielles servent ainsi d’exutoire pour toute l’angoisse générée par l’environnement d’incertitude dans lequel nous vivons. Vous avez peur de perdre votre emploi ? C’est la faute des robots. Vous craignez que vos compétences deviennent obsolètes ? C’est la faute des IA. Ces raccourcis grossiers dont usent et abusent les journalistes servent à capter l’attention de lecteurs, auditeurs et téléspectateurs angoissés par leur avenir. Les robots sont pourtant utilisés depuis plus de 50 ans dans l’industrie sans que cela provoque d’émotion particulière dans l’opinion publique. De même, les systèmes experts sont exploités depuis plus de 20 ans dans les métiers de la finance (micro-trading), de la banque (scoring) ou du transport (yield management) sans que cela engendre de vagues de licenciements massifs.

Moralité : ne vous laissez pas influencer par le traitement médiatique réservé aux intelligences artificielles, tout va bien se passer.

Les IA sont des outils de productivité comme les autres

Au même titre qu’une calculatrice ou qu’un tableur, une intelligence artificielle sert avant tout à travailler plus vite et à s’épargner des tâches fastidieuses. Les IA se révèlent particulièrement précieuses dans les domaines où il faut traiter beaucoup d’informations (des données chiffrées, des documents, des messages…). Il y a un réel intérêt à utiliser une IA dans le domaine des ressources humaines, car l’essentiel des traitements est fait manuellement, il y a donc une énorme marge de progression pour optimiser le sourcing des talents, les processus de recrutement, la gestion des carrières…

L'intelligence artificielle au service des resources humainesSource : Applied AI

Les startups de l’HRtech revendiquant l’utilisation d’IA sont nombreuses. Certaines proposent des solutions « épouvantails » comme l’évaluation automatique de candidats reposant sur l’analyse de leur CV vidéo (cf. L’intelligence artificielle appliquée aux vidéos de recrutement : la nouvelle illusion technologique ?). D’autres proposent des solutions plus pragmatiques avec une réelle utilité, notamment dans le cadre de l’automatisation du processus de recrutement où les gains de productivité peuvent être très conséquents : l’utilisation d’agents intelligents permettant de publier une annonce sur plusieurs portails permettrait de gagner l’équivalent de 14 jours de travail (cf. Recrutement automatisé : quelle place pour l’humain ?).

Faire appel aux machines pour favoriser les rapports humains

Outre l’exemple cité précédemment, il existe d’autres cas d’usages où les IA peuvent soulager le personnel RH de tâches répétitives à très faible valeur ajoutée : traitement des demandes de congés, gestion quotidienne des formations (envoi de rappels)… Mais les IA peuvent également être d’une aide précieuse pour des tâches de plus haut niveau, par exemple la modélisation des carrières au sein d’un grand groupe pour identifier des schémas récurrents, lutter contre les biais (favoriser la diversité) et proposer des plans de carrière moins stéréotypés (cf. 7 Ways Artificial Intelligence is Reinventing Human Resources).

Comme nous venons de le voir, l’utilisation de l’intelligence artificielle dans un système d’information RH peut être un levier de gain de productivité très efficace. Mais pas que, car en automatisant un certain nombre de tâches fastidieuses, elle libère du temps que les équipes RH peuvent consacrer à une gestion plus humaine des talents et des carrières. Et c’est là une approche contre-intuitive très intéressante : plus de machines pour un traitement plus humain.

Des enjeux de productivité, mais également de mentalité

L’amélioration de la productivité est un objectif tout à fait légitime pour justifier le recours à l’intelligence artificielle. Ceci étant dit, l’utilisation d’IA génère des angoisses chez les salariés qu’il va impérativement falloir traiter, notamment en faisant preuve de pédagogie auprès des personnes directement concernées. Par exemple, l’utilisation des premiers robots dans l’industrie automobile a été justifiée par une démarche de sécurisation : diminuer l’exposition au risque d’accidents corporels des ouvriers.

Il y a également un travail d’acculturation à faire auprès des collaborateurs pour qu’ils comprennent que ce ne sont pas forcément les métiers manuels que l’on cherche à automatiser, mais ceux où il y a le plus de répétition, notamment dans les fonctions réservées aux travailleurs du savoir : High-Skilled White-Collar Work? Machines Can Do That, Too.

Plus généralement, il y a une vraie réflexion à mener sur la façon dont le numérique va faire évoluer les grandes fonctions de l’entreprise et les méthodes de travail. Cette réflexion servira entre autres à faire évoluer les mentalités, elle permettra aussi à l’entreprise de prendre position par rapport à la transition numérique et de dépoussiérer la marque employeur : améliorer son attractivité auprès de jeunes ou futurs diplômés qui ne se sentent pas concernés par des valeurs de marque du siècle dernier.

J’ai l’intime conviction que les RH jouent un rôle essentiel dans la transformation digitale des entreprises. Aussi bien dans la façon dont les nouveaux talents sont recrutés, dont les carrières sont gérées, dont les formations sont dispensées et pilotées, ainsi que dans l’évolution des mentalités et méthodes de travail. Voilà pourquoi nous avons réservé une place de choix aux RH et à l’expérience collaborateur dans notre matrice de l’accélération digitale.

Le rôle des ressources humaines dans un chantier de transition numérique est un sujet complexe, de même que l’apport de l’intelligence artificielle. Nous n’avons pas la prétention de pouvoir y répondre de façon exhaustive en un seul article. Néanmoins, si vous souhaitez approfondir la question, n’hésitez pas à nous contacter pour partager nos expériences sur cette question.