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Formez vos salariés, ils risquent de partir. Ne les formez pas, ils risquent de rester !

Par 6 juin 2018

« Le bon sens est la forme d’aliénation la plus répandue. »
Norman Frederik Simpson

Il est parfois contre-intuitif de former ses collaborateurs. Après tout, s’ils sont à ce poste, c’est parce qu’ils sont compétents, non ? Pourquoi former des collaborateurs alors qu’ils doivent produire ? Ou peut-être est-ce parce qu’ils veulent changer de poste ou de métiers ? Pire : d’entreprise ? Et s’ils ne savent pas faire, les prestataires spécialisés sont là pour ça ! Ce discours et cet état d’esprit sont encore malheureusement très répandus, et dans des entreprises de toutes tailles. Particulièrement pour la formation digitale.

Beaucoup n’ont pas compris que les nouvelles technologies, en induisant de nombreux changements dans le monde du travail, réduisent la durée de vie des compétences requises, et augmentent mécaniquement les exigences de formation. Les ressources humaines le savent, et elles proposent nombre d’actions, de solutions et de formations concrètes et qualifiantes. Malheureusement, faute de culture sur le sujet, beaucoup de managers freinent ces démarches et considèrent que c’est soit une perte de temps, soit à fonds perdu. Après tout, cela changera encore demain, et après demain avec les formations au numérique !

Selon une étude réalisée en 2017 par Udemy, 8 Français sur 10 travaillant à plein temps estiment qu’il existe un déficit de compétences, et 3 sur 10 se sentent personnellement touchés par celui-ci. 81% des sondés pensent que leur pays n’est pas assez compétent, mais ils ne sont que 32 % à s’estimer eux-mêmes insuffisamment compétents (le chauffard c’est toujours l’autre).

Dans la même veine, seuls 23 % des employés interrogés estiment que ce manque de compétences est de leur propre responsabilité, alors que 32 % estiment que c’est la responsabilité de leur employeur. Et d’un point de vue légal, ils ont raison : l’article L. 6321 du Code du travail liste les obligations de l’employeur en matière de formation et d’adaptation du salarié. Le Code du travail est parfaitement clair sur ce sujet : l’employeur doit assurer l’adaptation des salariés à leur poste de travail.

Le texte est précis et impliquant pour l’employeur :

  • l’employeur doit assurer l’adaptation des salariés à leur poste de travail ;
  • il veille au maintien de leur capacité à occuper un emploi, au regard notamment de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations ;
  • il peut proposer des formations qui participent au développement des compétences, y compris numériques, ainsi qu’à la lutte contre l’illettrisme, notamment des actions d’évaluation et de formation permettant l’accès au socle de connaissances et de compétences défini par décret ;
  • les actions de formation mises en œuvre à ces fins sont prévues, le cas échéant, par le plan de formation mentionné au 1° de l’article L. 6312-1, elles peuvent permettre d’obtenir une partie identifiée de certification professionnelle, classée au sein du répertoire national des certifications professionnelles et visant à l’acquisition d’un bloc de compétences.

Une étude Elabe pour l’Institut Montaigne montre que 61% des sondés n’ont pas suivi de formation, car leur employeur ne leur a rien proposé. Peut-être est-ce dû à une position trop attentiste, ou sans encore une fois par méconnaissance des sujets. À la décharge des services RH, les thématiques liées au numérique se multiplient et se complexifient (big data, intelligence artificielle…). Ceci étant dit, toutes les parties prenantes s’accordent sur le fait qu’il faut accélérer et que l’on est en retard. Un retard qui s’explique difficilement, car les intérêts de l’entreprise et des salariés convergent : la montée en compétences est rentable pour la première (baisse de la dépendance aux prestataires externes) et bénéfique pour les derniers (employabilité). En synthèse : la formation ne doit pas être vue comme une contrainte, mais comme une opportunité à saisir.

Pour conclure, et pour réussir à convaincre les managers les plus récalcitrants, souvenez-vous de la citation de Tom Peters : « Personne n’a jamais fait faillite parce qu’il dépensait trop en formation » et de celle d’Abraham Lincoln : « Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance ».