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Afrique et transformation digitale : au-delà des clichés

Par 23 octobre 2019

« Quand je vais en Afrique aujourd’hui et que je rencontre de jeunes entrepreneurs, je les trouve mieux armés que moi-même ou les entrepreneurs chinois d’il y a vingt ans ».
Jack Ma

femme africaine sur une tabletteEn 1978, 2 ans après la mort de Mao, l’agriculture en Chine représentait encore 71% de l’économie du pays. La population était peu mécanisée, se déplaçait principalement à vélo, et venait de subir 30 années de dictature durant lesquelles plus de 20 millions de personnes moururent de la famine. Il était encore difficile à cette époque d’imaginer la puissance chinoise comme nous la connaissons aujourd’hui. Et pourtant, en 30 ans seulement, celle qui se classe maintenant en numéro 2 mondial face aux Etats-Unis s’approche rapidement de l’hégémonie. Cette remontée fulgurante doit nous servir de leçon et de prisme pour comprendre l’état mondial actuel. La course à l’innovation est dopée par la capacité des pays à se transformer digitalement ou non. Et pour Jack Ma, patron d’Alibaba et symbole de réussite chinoise, “la transformation digitale qui se veut inclusive échouera si elle n’englobe pas tout le monde, y compris l’Afrique”. 

Quand on parle d’innovation, on pense bien sûr en premier lieu aux Etats-Unis, à la Chine, mais plus rarement au continent africain. Il est d’ailleurs souvent le dernier mentionné, probablement en raison du climat instable de certains de ses pays et du taux de pauvreté toujours très élevé dans certaines régions. C’est pourtant sur ce continent que Jack Ma a décidé d’investir plus de 10 millions de dollars sur dix ans

Le territoire est énorme : l’Afrique se compose de 54 pays tous différents par leur culture, leur économie et leur climat politique. Même en décomposant le continent en régions, il est impossible d’y généraliser l’innovation, tant elle est souvent corrélée à des besoins spécifiques à chacun de ses pays. Mais les spécificités locales sont une force et permettent à des entrepreneurs de répondre à des besoins uniques et d’accélérer l’économie d’un pays tout entier.

Des tendances ressortent. Lorsque l’on regarde les investissements de Partech en Afrique en 2018, on constate par exemple la grande importance de la Fintech dans son portefeuille de startups, notamment à cause de l’instabilité des monnaies locales. De même, Africa Tech Now, le rassemblement de startups africaines présentes au CES liste 6 tendances : La fintech, l’agriculture, la santé, la smart city, l’éducation et l’énergie qui correspondent également aux grands chantiers auxquels l’Afrique doit faire face. Pour agir en ce sens, plusieurs “hubs tech” se sont constitués sur son territoire, majoritairement au Nigeria, en Afrique du Sud et en Egypte. 

 

C’est au Nigéria, dans la région africaine la plus inégalitaire du continent, que l’on trouve le plus d’initiatives, et la seule licorne (comprendre : entreprise valorisée plus d’un milliard de dollars) “africaine” : Jumia, l’équivalent d’Amazon pour le territoire africain. Véritable success story, l’entreprise dont le siège social se trouve au Nigéria a en réalité été fondée par deux français qui l’ont par ailleurs enregistrée en Allemagne. Difficile souvent de faire la part des choses entre startups “made in Africa” et success stories “made in Africa”. Nous avons identifié pour vous 10 entreprises innovantes agissant sur le territoire africain, en mettant de côté cet aspect pour ne garder que leurs pays d’implantation :

– BudgIT – NIGERIA
https://yourbudgit.com/
Cette entreprise a pour but de rendre accessible aux citoyens les informations et données relatives aux dépenses publiques du Nigeria pour apporter plus de transparence à la politique locale. Elle agit également au Ghana et au Sierra Leone dans une moindre mesure.

– KingsChat – NIGERIA
https://www.kingsch.at/
KingsChat est un réseau social détenu par la “Christ Embassy”, une des églises les plus influentes du Nigéria, reprenant les codes de Facebook et Whatsapp. L’application KingsChat a été téléchargée plus d’un million de fois sur le Play Store. Il est également possible d’effectuer des transferts d’argent via l’application “KingsPay” reliée à la plateforme. 

– Wecyclers – NIGERIA
http://wecyclers.com/
Wecyclers collecte les déchets recyclables des particuliers et entreprises pour les revendre aux industries de recyclage locales. En échange de leurs déchets, les foyers nigérians reçoivent des points qu’ils peuvent échanger contre de l’argent ou des objets ménagers. Pour minimiser leur empreinte écologique, ils se déplacent avec des véhicules-vélos.

– Aerobotics – AFRIQUE DU SUD
https://aerobotics.com/
Aerobotics utilise des drones couplés à de l’intelligence artificielle pour faciliter la supervision des exploitations agricoles. Leur technologie permet la détection de maladies / d’insectes nuisibles en analysant les images aériennes récoltées.

– The Sun Exchange – AFRIQUE DU SUD
https://thesunexchange.com/
The Sun Exchange permet aux entreprises qui souhaitent passer à l’énergie solaire de collecter des fonds pour atteindre cet objectif. Ils payent alors une redevance à leurs investisseurs pour utiliser l’électricité générée. Le surplus d’électricité est aussi vendu et les investisseurs sont rémunérés en bitcoins ou en monnaie locale. 

– Bassita – EGYPTE
http://clickfunding.org/en
Bassita est à l’origine du concept du clickfunding. Le site de campagnes de financement participatif clickfunding.org incite les sponsors des projets à donner de l’argent en fonction de l’engagement généré sur la campagne (likes, commentaires…).

– Shezlong – EGYPTE
https://www.shezlong.com/en/
Shezlong propose d’échanger avec des psychologues en ligne. S’il existe déjà beaucoup de services similaires à l’heure actuelle : Talkspace, Psychologue.net, Happineo, Instahelp pour n’en citer que quelques uns, Shezlong s’adresse particulièrement au Nord de l’Afrique, même si elle propose ses services dans le monde entier. Elle a levé 350000$ en 2018 et compte plus de 20000 utilisateurs.

– Nala – TANZANIE
https://www.nala.money/
Une application mobile facilitant les transferts d’argent entre particuliers opérant en Tanzanie et en Ouganda. Une solution pour répondre à la méthode beaucoup plus lente et fastidieuse de l’USSD qui était la seule méthode de transfert de fonds via smartphone en Tanzanie jusqu’en 2017. 

– Appy Saude – ANGOLA
https://www.appysaude.co.ao/
Appy Saude est une application mobile doublée d’un site internet qui permet aux angolais de consulter une liste de pharmacies et prestataires de santé du pays. A la manière de TripAdvisor, les utilisateurs peuvent ainsi donner leur avis sur les services fournis. Certains produits pharmaceutiques peuvent également être achetés sur la plateforme. 

– Colisdays – SENEGAL
https://colisdays.com/
Une entreprise facilitant l’envoi de colis entre particuliers, assurée à 100% par Allianz, ce qui garantit une certaine fiabilité de service. Des personnes se proposent par exemple de faire le trajet Paris – Dakar et d’emmener un colis avec eux lors du transport pour le délivrer à leur arrivée.

Une chose est sûre : le continent africain est en mouvement et ne finira pas de nous surprendre dans les prochaines années. La transformation digitale de l’Afrique est une réelle opportunité pour elle de rivaliser frontalement avec les grandes puissances. De par ses liens particuliers avec le continent, la France aura peut-être un rôle à jouer dans cette évolution. Le 29 octobre 2019 se tient d’ailleurs le salon FUTUR.E.S in Africa à Casablanca, monté par Cap Digital à la suite de leur festival parisien du même nom. Un indice qui montre l’intérêt grandissant de notre pays vers ce grand territoire où il reste beaucoup de chose à inventer.