Accélération digitale

Le retard d’innovation dans les grandes entreprises françaises

Par 7 mars 2019

« Aussitôt qu’on nous montre quelque chose d’ancien dans une innovation, nous sommes apaisés. »
Friedrich Nietzsche

Vaste sujet que celui de l’innovation, que nous avons notamment déjà défini comme un moyen et non un objectif. Mais cet article a plutôt pour vocation d’analyser les raisons du retard d’innovation de certaines grandes entreprises.

Ce sujet m’a été inspiré par des rencontres avec des startups, et notamment Bemersive, spécialisée sur les sujets XR (couvrant la réalité virtuelle, augmentée et mixte). Stéphane Juffé, son CEO, me présentait ainsi sa solution reposant sur le cloud qui permet très simplement de proposer des expériences immersives, sans installation compliquée et sans connaissances techniques très poussées.

Baignant dans le sujet de la réalité étendue depuis une dizaine d’années, j’ai pu observer l’avancée réelle et l’intérêt de ce qu’il proposait (la fluidité de l’expérience est difficile à retranscrire par écrit, aussi n’hésitez pas à le contacter). Pourtant, les grandes entreprises se ruent-elles sur ce qu’il a à offrir ? Pas autant qu’elles le devraient.

Bemersive semble faire partie de ces entreprises à qui on dit qu’elles ont « raison trop tôt ». Mais avoir raison trop tôt s’apprécie aussi en fonction du contexte, en l’occurrence celui de la France. La startup sent bien qu’elle aurait plus d’écho en partant à Londres ou aux États-Unis. Oui mais voilà, ses cofondateurs aiment notre beau pays.

Nous pouvons identifier plusieurs points de bocage :

  • Le niveau de compréhension des interlocuteurs dans les grandes entreprises. Quand on a accumulé du retard et qu’on court après le présent, faire un véritable saut dans le futur est mentalement difficile à envisager. De même, il y a le syndrôme de « ne pas savoir qu’on ne sait pas ». Par manque de veille, on occulte des innovations simplement parce que l’on a même pas conscience qu’elles existent. C’est une des raisons qui m’ont personnellement motivé à m’investir sur des chantiers d’accélération et de transformation : aider les clients à progresser dans leur maturité numérique, leur permettant de faire des choix plus ambitieux, et de mieux challenger au passage leurs prestataires (ces derniers profitant parfois de l’ignorance des clients qu’ils sont censés servir au mieux).
  • L’organisation. Il existe de nombreux goulots d’étranglement, qu’il soit de nature financière (avoir au moins 3 ans de bilan pour que certaines entreprises daignent vous référencer, attendre des bons de commande pendant des semaines, payer à 60 jours des structures parfois fragiles), politique (des niveaux de management où chacun doit faire attention aux pierres qu’il déplace) ou autre.
  • La culture. Des prises de risques peu valorisées, des montagnes de processus qui n’ont parfois plus de sens et qui amenuisent l’agilité, une résistance au changement due à l’anxiété d’un monde devenu très incertain…
  • Une absence de sentiment d’urgence. Qu’il est bon de penser que l’on n’est pas concerné par la tempête numérique (« les autres, mais pas moi »), mais qui ne s’arrêtera désormais plus. En se mettant des oeillères, on ne voit pas arriver le camion qui va nous percuter sur le côté.
  • Une envie de faire plus de la communication que de l’action concrète. Au même titre que certains concurrents ne semblent animés que par la volonté de briller, il n’est pas désagréable de faire une action d’innovation pour simplement générer des retombées presse. Elle n’a aucun impact à court, moyen ou long terme sur le business ? Allons, ne parlons pas des sujets qui fâchent !
  • Une volonté d’innover sans révolutionner. Ceci fait directement référence à la citation du début de cet article. Innover, oui, mais sans prendre de risques. Pour arriver à un consensus mou, à l’image de l’impact que cela aura sur votre croissance.

Le sujet de l’innovation est l’une des facettes des dynamiques de transformation. Mais il n’est pas possible d’attendre d’avoir terminé sa transformation pour prendre conscience des opportunités réelles proposées parce ceux qui vont plus vite. Moralité : réduisez votre dette numérique, travaillez votre pleine conscience numérique, et construisez le futur.