Manifeste

La vision est la clé de voûte de l’accélération digitale

Par 22 mai 2018

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »
Antoine de Saint-Exupéry

Nos smartphones, nos enceintes connectées sont les chevaux légers d’une révolution profonde et silencieuse. Le monde change, il change vite et il va continuer d’évoluer encore plus vite. Internet et plus généralement les technologies numériques semblent ne jamais avoir été aussi présents dans nos vies. Ils simplifient, ils rendent plus efficace… et les machines vont se fondre de plus en plus dans notre quotidien.

Quand on parle de digitalisation de la société ou d’une société, on pense trop souvent à la finalité technique et aux dix derniers mètres, on pense en exemples concrets, technologiques. Aujourd’hui, tous les collaborateurs de votre entreprise savent citer des innovations technologiques : intelligence artificielle, big data, chatbots, blockchain, réalité virtuelle…

Maintenant, demandez à ces mêmes collaborateurs quelle est la vision de la digitalisation pour votre entreprise, et ils seront moins loquaces. Il y a bien des personnes qui vous citeront des mots comme « uberisation » ou « disruption », ils vous citeront des startups et différentes menaces exogènes potentielles  sur leur modèle, mais très peu sauront vous expliquer la vision et la trajectoire de l’entreprise.

Avec le phénomène d’accélération digitale, il convient de changer d’échelle, de mode de perception, de voir l’image bien plus grande que les pièces du puzzle. Et c’est aux dirigeants de donner de la hauteur, de définir ce qu’est réellement la digitalisation pour l’entreprise dont ils ont la charge. C’est au COMEX de comprendre les multiples impacts du numérique, de définir la vision et de l’exprimer. C’est également à ses membres de faire comprendre ce que l’entreprise perçoit comme opportunités pour servir mieux les intérêts de ses clients, de ses collaborateurs et de ses actionnaires grâce aux optimisations offertes par le numérique et ce qu’il rend possible.

Ils ont échoué parce qu’ils n’avaient pas commencé par le rêve

Écrivait le romancier anglais Nicholas Shakespeare. Beaucoup d’entreprises et de grands groupes échouent à bénéficier de ce monde augmenté par le numérique parce qu’ils n’arrivent pas embarquer les collaborateurs et qu’ils utilisent les mauvais leviers. Ils ne se projettent pas dans une promesse et un rêve en commun, mais restent sur des solutions ou moyens techniques. La tendance est d’avoir une focale exacerbée sur le « quoi » ou le « comment » mais trop rarement sur le « pourquoi » ce qui entraine des freins et des interrogations. C’est le rôle des dirigeants d’expliquer pourquoi il est nécessaire de digitaliser l’entreprise. Ils doivent exprimer la vision, le rêve en grand de l’entreprise. C’est à eux d’incarner le leadership et de définir la vision et la trajectoire des grandes orientations stratégiques de l’entreprise, c’est à eux seuls qu’incombe cette tache.

Benazir Bhutto a dit « Diriger, c’est se dévouer à une idée, à un rêve, à une vision de ce qui peut advenir. » L’expression de cette vision est un enjeu majeur de l’accélération digitale. Nous ne parlons pas ici de transformation, toutes les entreprises n’ont pas besoin de se transformer. Nous parlons d’accélération, parce que les entreprises sont en retard sur leur époque et qu’il faut aligner leur vitesse sur celle du marché pour ne pas être spectateur et prendre pleinement part à cette dynamique formidable.

Soyons clairs : une entreprise qui disparaît, ce n’est pas grave, cela à toujours existé. En 1970 la durée de vie moyenne d’une entreprise était de 60 ans en moyenne, aujourd’hui elle est de 5 ans. L’échelle de temps se resserre. Les startups meurent aussi, massivement même. Il n’existe pas d’entreprise éternelle, et même la plus vieille entreprise du monde, Kongo Gumi, a disparu en 2006 après 1.400 ans : les dirigeants de la 40eme génération ont été mal préparés à gérer la complexité de l’époque, ils ne maitrisaient plus l’environnement concurrentiel par manque de connaissance et une certitude d’invincibilité. C’était faux, aucune entreprise n’est à l’abri.

Certaines entreprises doivent disparaître et laisser place, d’autres doivent se transformer et changer du tout au tout, mais toutes doivent accélérer sur le digital et s’enrichir du potentiel offert.